Tokokende na Jéricho
Je suis assise dans le salon, dimanche matin à 9h00, avec le climatiseur à 27 degrés. L’eau dans les robinets vient de recommencer à couler après une pause de quelques heures. Suzanne (notre superviseur) vient nous chercher dans une heure pour aller à une église CEFMC (Frères mennonites) – ce sera la deuxième fois qu’on visite cette église. J. Denny Weaver, un théologien américain, et sa femme Mary sont ici pour un mois et ce sera Denny qui apportera un message sur l’expiation non violente. Son nom est bien connu dans les cercles mennonites que j’ai fréquenté – je me sens donc privilégiée de l’entendre ici au Congo!
Je veux partager deux choses qui m’ont frappé hier. D’abord, un peu de background. Pendant les deux dernières années, MCC-Congo a pris pause en arrêtant tous ses programmes et en formant un comité de concertation pour réfléchir à l’avenir du MCC au Congo. Le projet que nous allons coordiner est un des résultats de cette période de réflexion. Hier, il y avait un « culte et cocktail de remerciement » pour clôturer officiellement la période d’étude, remercier les membres du comité dont le travail était maintenant terminé, et accueillir les nouveaux travailleurs MCC (John et moi, et Denny et Mary). Il y a eu un culte d’environ deux heures avec chants, message, prières et chorale.
La chorale était formée de sept hommes. Nous connaissons le directeur car c’est lui qui nous a appris quelques mots de lingala et nous a montré comment prendre un taxi notre première semaine ici. Il a une voix très porteur. Oublie les micros! La chorale m’éblouit – leur choix de chants, leur ritme, leur harmonie sont hallucinants. Je pense que n’ai jamais entendu autant de talent musical que dans les deux semaines depuis notre arrivée. Leur dernière chanson est en lingala, et quand j’entends le début, je suis presqu’en larmes – car c’est une chanson que j’ai entendue durant toute mon enfance sur une cassette qui mettait en vedette un groupe qui s’appelle « Youth Discovery Team ». Cette équipe de jeunes nord-américains et zaïrois (à l’époque) a collaboré, dans les années 1990, au Zaïre, pour produire cette album qui a marqué beaucoup de personnes dans le monde mennonite, dont ma famille. Le chant commence avec les paroles « tokokende na Jéricho » et en écoutant, tout à coup je me rends compte qu’avec les leçons de lingala que j’ai eu jusqu’à maintenant, je suis capable de comprendre : « Nous irons à Jéricho ». Toute ma vie cette chanson a fait partie de moi, même avant que je sache que c’est en lingala, même avant que l’idée d’aller travailler au Congo soit née. J’ai entendu mon père le chanter sous la douche, j’ai ri de la partie où le leader fait des sons drôles – et maintenant en l’entendant pendant ce culte je sens très profondément que je suis à la bonne place, au bon moment.
Christine Kalume, un des membres du comité de concertation et une pasteure mennonite (eh oui – les églises des Frères mennonites au Congo ont devancé celles du Canada en acceptant l’ordination des femmes!) a apporté une courte méditation inspiré de Matthieu 25. Là où Jésus enseigne que ceux qui ont fait quelque chose de bon pour un des moindres de ses frères, l’ont fait à lui. L’exemple qu’elle donne est d’une femme qui veut refuser de laisser sa voisine puiser de l’eau dans son robinet – mais qui est rappelé par son mari que cette voisine est peut-être Jésus. Ici à Kinshasa, les paroles de Jésus qui parlent de subvenir aux besoins immédiats des autres – donner de l’eau à ceux qui ont soif, vêtir ceux qui sont nus, nourrir ceux qui ont faim – prennent tout leur sens. On a déjà vu une femme nue marcher sur la rue ; notre prof de lingala nous dit que beaucoup de Kinois ne mangent qu’en repas par jours ; beaucoup n’ont pas de source d’eau propre. Presque tous les jours les jeunes garçons qui habitent la rue et qui traînent dans notre coin m’approchent en me répétant sans cesse « Maman, j’ai faim, donne-moi de l’argent pour manger, même 500 francs ». Parfois je donne une boisson que j’ai avec moi, un paquet de plantains séchés ; une fois j’ai donné 500 FC à un garçon après qu’il m’aide à traverser le boulevard. Parfois je les ignore studieusement en me disant que si je commence à donner, il y aura bientôt 20 autour de moi à chaque fois que je sors. Mais la grande différence avec l’Amérique du Nord, c’est que ce sont souvent des enfants de moins de dix ans, et qu’ils ont jamais assez à manger ou assez d’eau pure à boire. Est-ce que ces enfants représentent Jésus pour moi ?
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